2026 : un contexte général porteur malgré de nouvelles incertitudes - (Olivier Colsoul)
Les perspectives économiques mondiales s’améliorent même si des incertitudes à plusieurs niveaux persistent. Comment les investisseurs doivent-ils appréhender cet environnement en 2026 ?
L’année s’ouvre sur une économie mondiale dont les perspectives sont en légère amélioration, d’après les dernières projections du FMI. La croissance s’est révélée plus résistante qu’anticipé, l’inflation a eu plutôt tendance à refluer et les conditions financières ne sont plus restrictives dans la plupart des marchés développés. Pourtant, l’incertitude demeure, toujours alimentée par des facteurs géopolitiques, la nomination d’un nouveau patron à la Réserve fédérale américaine et de nouveaux rebondissements liés à l’émergence de l’intelligence artificielle. Comment appréhender cet environnement complexe et quelles implications en tirer pour les investisseurs ?
Les risques géopolitiques repartent‑ils à la hausse ?
Depuis le début de l’année, l’espace médiatique a été saturé d’annonces et d’informations, principalement en provenance de la Maison Blanche.
Sur le plan géopolitique, les tensions se sont effectivement multipliées, avec la capture du président vénézuélien Maduro ainsi que les menaces d’intervention en Iran, pour ne citer qu’elles. De plus, avec le projet de prise de contrôle du Groenland, les États-Unis ont failli provoquer une crise importante avec leurs alliés et raviver le spectre d’une guerre commerciale transatlantique.
Fort heureusement, l'épisode sur le Goenland semble évoluer vers une gestion négociée :
- Les membres européens de l'OTAN ont clairement indiqué que l'acquisition du Groenland par la force était inacceptable.
- L’intermédiation efficace du secrétaire général de l'OTAN ainsi que les pressions politiques internes aux États-Unis ont permis de désamorcer les tensions.
- Aucune des deux parties n’a en effet intérêt à endommager les relations bilatérales entre pays alliés compte tenu de leur interdépendance économique et géopolitique.
Donald Trump a donc une fois de plus formulé des menaces publiques, sans toutefois les mettre à exécution. Ce décalage récurrent entre ses déclarations et ses actions contribue à instaurer un climat d’appréhension et de déstabilisation. Ses prises de position, aussi spectaculaires qu’inquiétantes, ne se traduisent pas pour autant par des conséquences réellement graves.
Nouvelle présidence de la Fed : quels enjeux ?
Donald Trump a finalement désigné Kevin Warsh pour présider la Réserve fédérale. Banquier central expérimenté, il est censé rassurer les marchés financiers : il ne devrait pas agir en cheval de Troie du président américain et contribuerait au maintien de l’indépendance de la Fed.
Une ambiguïté demeure toutefois sur son orientation : il défend à la fois une baisse des taux et une réduction du bilan, deux signaux traditionnellement opposés. Le futur président de la Fed a soutenu ces derniers mois la politique économique de Donald Trump et estime que le boom de l’intelligence artificielle va permettre d’engranger d’importants gains de productivité. Il a aussi qualifié de défaillante la gouvernance de la banque centrale. Selon lui, la banque centrale doit notamment abandonner le dogme selon lequel l’inflation est causée par une croissance économique trop forte et des salaires trop élevés. Pour lui, l’inflation arrive quand le gouvernement dépense trop.
Ce plaidoyer pourrait-il être tactique plutôt que doctrinal, afin de se faire nommer ? C’est possible. La théorie est une chose, la pratique en est une autre. Quoi qu’il en soit, une réorientation de la politique monétaire ne saurait être mise en œuvre du jour au lendemain. Si elle devait se matérialiser, elle s’inscrirait dans une transition graduelle.
L'influence que Kevin Warsh pourra exercer dépendra également de sa capacité à convaincre ses collègues. De fait, la politique monétaire reste une décision collégiale prise par douze gouverneurs. A ce jour, les anticipations de marché n’ont pas changé : deux baisses de taux sont toujours attendues au second semestre.
Cette nomination, assez inattendue, a eu provisoirement l’effet de stabiliser le billet vert, qui s’était de nouveau déprécié à la suite des récentes tensions géopolitiques et des propos de Donald Trump. Ce dernier s’était d’ailleurs montré très satisfait de cet affaiblissement.
Pourquoi l’intelligence artificielle suscite de nouvelles craintes ?
En 2026, l’intelligence artificielle (IA) continue de dominer les débats et d’imposer son rythme sur les bourses.
Alors que le cycle de l’IA est encore en pleine phase d’expansion, les interrogations demeurent quant aux investissements colossaux nécessaires à la construction de centres de données, à l’ampleur réelle de ses retombées économiques et à ses gains de productivité.
En effet, quatre des plus grandes entreprises technologiques américaines prévoient conjointement des dépenses d'investissement atteignant pas moins de 650 milliards de dollars en 2026, soit un montant dépassant le budget annuel de l’Allemagne.
Face à ces chiffres toujours plus élevés, une question demeure : ces entreprises seront-elles en mesure de concrétiser leurs ambitions démesurées ? Se pose également la question de leur financement. Leur volonté d'investir massivement mettra à l’épreuve leurs réserves financières voire la patience des investisseurs, surtout qu’elles s’apprêtent à emprunter toujours plus pour en même temps continuer à rémunérer leurs actionnaires.
Toutefois, le paradoxe veut que, dans plusieurs secteurs, l’IA soit tellement performante qu’elle crée ses propres déséquilibres. Ainsi, les actions des sociétés d'analyse et de logiciels ont soudainement chuté après le lancement par Anthropic, une start-up spécialisée en IA, d'outils de productivité. Ces derniers pourraient, à terme, rendre obsolètes une partie de leurs activités. Pour le PDG de Nvidia, il n’y a pourtant pas lieu de céder à la panique :
« Les logiciels sont des outils, et l'intelligence artificielle utilisera ces outils, elle ne les réinventera pas » - Jensen Huang, PDG de Nvidia.
Certains experts avancent que les coûts des logiciels ne représentent qu’une part relativement faible des dépenses des entreprises. Économiser une fraction de cette somme grâce au codage “intuitif” proposé par les IA ne justifie pas de s’exposer à des risques juridiques et de conformité pour la plupart des entreprises.
La vague de ventes massives actuelle rappelle la chute provoquée par DeepSeek en janvier 2025, qui n’a finalement pas déstabilisé les géants de la tech américaine. Cependant, même si les conséquences à long terme restent encore incertaines, nombre de ces entreprises continuent d’afficher une solide croissance de leurs bénéfices et de leur chiffre d’affaires, et les prévisions des analystes concernant ces indicateurs sont toujours à la hausse.
Si la reprise de l’IA demeure globalement soutenue par des fondamentaux solides, la capacité à faire preuve de discernement dans l’identification des véritables bénéficiaires devient un facteur clé pour les investisseurs. La vision où toutes les valeurs technologiques sont gagnantes fait désormais place à une réalité plus tranchée : celle où des gagnants émergent… et où d’autres décrochent.
La diversification, une question de bon sens ?
Certainement ! Les investisseurs peuvent opportunément élargir leur horizon au-delà des grandes valeurs technologiques, en s’intéressant à d’autres régions, secteurs, styles et tailles de capitalisation disposant de catalyseurs propres, indépendants de la seule thématique de l’IA. Les grands indices boursiers, qu’ils soient américains, européens ou émergents ont d’ailleurs nettement mieux résisté à ces turbulences.
Dans la zone euro, la conjoncture se raffermit progressivement, et la croissance dépasse les attentes. La France dispose enfin d’un budget, tandis qu’en Allemagne le plan de relance commence à produire des effets qui s’inscriront dans la durée. Les perspectives bénéficiaires des entreprises cotées s’améliorent également.
Par ailleurs, 2026 pourrait voir des avancées en matière d’Union de l’épargne et des investissements, ainsi qu’avec la proposition d’un Acte d’accélération industrielle. Autant d’éléments de nature à soutenir les actions européennes.
De leur côté, les marchés émergents profitent d’une dynamique favorable, portée par leur exposition aux secteurs de pointe et aux métaux stratégiques. La gouvernance des entreprises ainsi que leurs perspectives bénéficiaires s’améliorent. De plus, leurs valorisations restent plus attractives que celles des marchés développés.
Comment AG affine‑t‑elle sa stratégie dans un contexte globalement favorable ?
Malgré la prudence imposée par les récents événements et la volatilité qu’ils ont provoquée, les fondamentaux des actions restent globalement solides. Les résultats du quatrième trimestre se révèlent jusqu’à présent plutôt bons, y compris dans le secteur technologique. Les perspectives pour 2026 restent favorables, portées par une amélioration du climat des affaires et des banques centrales devenant neutres ou moins restrictives.
Dans ce contexte, AG a renforcé son exposition aux actions européennes et des marchés émergents, soutenus par des perspectives bénéficiaires positives ainsi que par une amélioration du climat et du sentiment économiques au niveau régional.
Par ailleurs, nous continuons à privilégier une diversification géographique et sectorielle, tout en maintenant une exposition significative à la première économie mondiale et à ses entreprises, dont la dynamique de croissance demeure très forte.
Olivier Colsoul
Senior Strategist Investment Office AG Insurance
